DataGueule

Présentation

DataGueule est une websérie documentaire basée sur le journalisme de données, comme en témoigne le titre, jeu de mots entre « data » (« données » en anglais) et « dans ta gueule », qui résume habilement le côté percutant de ce programme, qui est écrit par son créateur Julien Goetz, journaliste, auteur et concepteur multimédia entre autres, et Sylvain Lapoix, journaliste pigiste, tous deux étant spécialistes des données, réalisé par l’auteur, réalisateur et producteur Henri Poulain, et produit par Luc Hermann,  dirigeant de l’agence de presse et la société de production Premières Lignes Télévision – pour le reste, consulte le générique de fin des épisodes.

DataGueule, c’est un sujet sociétal problématique présenté en quelques minutes, à l’aide de données statistiques soigneusement sélectionnées, en majeure partie vérifiées et toujours citées, et commentées et mises en relation les unes par rapport aux autres, dans le but de montrer que tout ne tourne pas rond, qu’il y a anguille sous roche, une couille dans le potage – on va s’arrêter là avec les expressions foireuses –, ou encore que certains clichés ont la vie dure, à tort, que certaines causes à des problèmes ne sont pas forcément celles que donnent certain(e)s hommes/femmes politiques, expert(e)s, médias dominants, etc. voire que certains problèmes ont été largement amplifiés, notamment par ces derniers, et ainsi de suite.

Le premier épisode date du 6 juin 2014 et, en cette fin d’année 2016 et en ce milieu de cinquième saison, plus d’une soixantaine d’épisodes ainsi qu’un documentaire ont été créés. La chaine est disponible sur YouTube, Dailymotion – même si certains épisodes manquent sur cette dernière plateforme de vidéos en ligne –, et IRL, le site dit des nouvelles écritures du réel de France Télévisions, qui coproduit la websérie.

Prérequis et avertissements

Chaque épisode de DataGueule est suffisamment bien expliqué pour que n’importe quel adulte – et même adolescent un minimum au courant des questions sociétales – puisse comprendre. La seule difficulté, c’est de réussir à rester concentré(e) pendant les quelques minutes que dure chaque vidéo afin de ne rien louper aux données présentées. Il faut dire que le rythme est assez rapide !

De plus, les données présentées sont amenées avec le bon dosage et bien commentées : pas d’overdose de chiffres ni de commentaires trop longs ; les amateurs de programmes courts apprécieront. Par ailleurs, les animations et le sound design sont très travaillés, tout comme le titre de chaque vidéo est bien trouvé, trait d’esprit ou jeu de mots à la fois brillant, humoristique et résumant bien le thème, l’esprit et le parti-pris, affirmé et assumé, de l’épisode. Quand la forme est au service du fond, et pas l’inverse, c’est, en général, bon signe !

Néanmoins, le format court peut poser quelques problèmes : les thèmes sont forcément traités rapidement, sans aucune exhaustivité. Par ailleurs, bien que l’utilisation de nombreuses sources et leur citation soient systématiques, il arrive que des erreurs se glissent, ce qui donne lieu à de véritables représailles dans les commentaires de certains vidéos. Cependant, ces quelques défauts ne doivent pas décrédibiliser la totalité de la chaine : le fond et le message de chaque épisode restent solides, tout comme l’utilité de la websérie.

DataGueule est, pour moi, un excellent moyen de se sensibiliser aux questions et problématiques qui secouent notre civilisation. Quant à celles et ceux qui sont déjà bien au courant, ils/elles apprendront forcément quelques informations importantes, ou découvriront certains aspects de problèmes auxquels on ne pense pas nécessairement, même en étant calé(e) sur toutes ces questions.

De la découverte au visionnage

Un collègue de bureau m’a parlé de la chaine DataGueule après m’avoir parlé des chaines Usul2000 et Horizon Gull, qui auront chacune leur article dans Planète Dystopie un de ces quatre. J’ai alors visionné une vidéo pour voir ce qu’il en était et, bien qu’intéressante, j’ai été en premier lieu effrayé par tous ces chiffres et ce rythme soutenu. Il m’a fallu quelques mois pour que je me mette à visionner chacun des épisodes, dans l’ordre de sortie, évidemment. Je n’en ai pas trop regardé à la suite, pour que je puisse m’imprégner de chaque thème et digérer tous ces chiffres – qui commencent à faire beaucoup si on regarde plein d’épisodes d’un coup. Je te conseille d’ailleurs de faire de même !

Aujourd’hui, j’attends chaque nouvel épisode avec impatience, que le thème m’intéresse de près ou de loin. En fait, quel que soit le sujet, Julien Goetz et son équipe arrivent à le rendre intéressant, et encore plus depuis que le format s’est rallongé de quelques minutes…

Évolution de la chaine

Depuis le début de la cinquième saison, en mai 2016, chaque épisode de DataGueule comprend en plus une courte analyse présentée par un(e) invité(e) spécialiste du thème sélectionné, qui enrichit de façon complémentaire l’argumentaire chiffré déjà solide, tout en proposant des solutions qui profiteraient au plus grand nombre. Ce tournant optimiste complète positivement et de façon constructive la dénonciation et la critique, sans entrer sur ses plates bandes. Le message est ainsi d’autant mieux perçu : cela donne plus envie de s’intéresser à un problème si l’on sait qu’existe un échappatoire, et même des échappatoires, des façons de le contourner, le corriger… Une nouvelle formule trois fois plus longue (une douzaine de minutes en moyenne) – et un ou deux épisode(s) par mois –, pour – l’équipe de Julien Goetz doit l’espérer autant que moi – trois fois plus d’intérêt, de prise de conscience, d’envie de changer et de voir les choses évoluer dans le bon sens… Par ailleurs, à l’occasion de la COP21, un épisode hors-série a été réalisé sous la forme d’un documentaire teinté de reportage, sur le sujet du réchauffement climatique.

Entre la variété (des sujets traités et des formats), les compétences (techniques, rédactionnelles, de synthèse, de vulgarisation, etc.) et la volonté de perfectionner leur formule, l’équipe de DataGueule délivre un message global – analyser ce qui ne va pas et proposer des solutions pour l’améliorer – qu’elle applique elle-même, en un sens.

Puzzle dystopique

Le plus difficile, dans une société à tendance dystopique, c’est d’identifier les éléments qui tendent à indiquer, montrer, révéler l’illusion de bonheur, de sécurité (ou d’insécurité), de justice, de stabilité, d’égalité, de liberté, de fraternité – j’en passe et des meilleurs. DataGueule semble pointer vers ces éléments qui, poussés à l’extrême – à moins que certains ne le soient déjà ? –, nous conduirait tout droit à une dystopie digne des pires intrigues de fiction. Ensuite, à nous de nous renseigner pour en apprendre plus sur les sujets présentés, de confirmer ou non les données – en général bien documentées – ou les interprétations et idées des auteurs, puis de voir comment faire pour éviter de tendre toujours plus vers la dystopie ; les pistes présentées par les spécialistes invité(e)s sont d’ailleurs là pour ça. Et, qui sait, peut-être qu’un jour DataGueule s’appelle DataCœur – à espoir utopiste, nom de bisounours, pour flatter les certitudes des utophobes – et que les données présentées montreront une amélioration notable par rapport à l’époque que nous vivons. De la dystopie vers l’utopie, il n’y a qu’un pas, puis un autre, et encore un autre… Et une chaine comme DataGueule va, à mon humble avis, dans le bon sens.

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