1984

Présentation

1984 (titre original : Nineteen Eighty-Four) est un roman dystopique de l’écrivain, essayiste, journaliste et critique britannique George Orwell (1903 – 1950), paru en 1949 (1950 en France).

Incarnation de l’anticipation – ne serait-ce que par son titre, le roman ayant été finalisé en 1948 –, 1984 est l’un, si ce n’est le roman le plus célèbre et le plus involontairement prophétique de toute la littérature dystopique. S’agissant de mon tout premier roman dystopique – films et jeux vidéo l’ont précédé –, ce « jugement » peut paraitre subjectif. Néanmoins, après avoir lu cet article dans sa globalité – ce que je ne conseille de faire qu’après avoir lu l’œuvre en entier – et exploré d’autres dystopies, tu risques bien de rejoindre cet avis.

Prérequis et avertissements

Ayant lu plusieurs autres romans dystopiques après 1984, je peux dire que l’œuvre de George Orwell est tout à fait accessible, et même idéale pour s’initier à ce genre. De plus, le récit est assez court – mais non moins extrêmement riche et profond – et incroyablement rythmé,  rendant la lecture vraiment facile, pour ne pas dire obsédante. Mention spéciale à l’atmosphère du roman, que je trouve totalement oppressante et qui m’a aidé à m’immerger complètement dans le récit et qui – je pense – a favorisé l’ancrage des problématiques soulevées dans mon esprit. Pour faire (très) court, on peut dire que la forme est aussi soignée que le fond, voire le sublime.

Par contre, il ne faut surtout pas lire l’éventuelle préface avant le roman : dans l’édition française de 1984 que je possède, des éléments clés de l’intrigue, en particulier de la situation finale, sont ouvertement donnés. Ne fais pas la même erreur que moi : lis-la en tout dernier !

En outre, ne regarde surtout pas le film 1984 de Michael Radford – sorti en 1984, mais cela n’a de sens que pour l’hommage – qui ne retranscrit absolument pas l’atmosphère du livre, dont chacun des détails est essentiel. Ce serait du gâchis que de découvrir l’œuvre de George Orwell avec ce long-métrage ! À la rigueur, regarde le film à titre de curiosité après avoir lu le livre, mais cela n’est pas vraiment pas nécessaire… Par ailleurs, une autre adaptation cinématographique sortie en 1956 existe également, mais je ne l’ai pas vue – et ça ne change rien au fait que 1984 doit être lu avant la moindre adaptation !

De la découverte à la lecture

Il me semble que j’ai entendu parler de 1984 pour la première pendant mes années d’étude post-bac, entre mes dix-huit et mes vingt ans (fin des années 2000) : le roman était le livre préféré d’un très bon camarade de classe, dont le film favori était, par ailleurs, Matrix, autre œuvre dystopique qui sera évidemment abordée dans Planète Dystopie. Bien que j’aie su qu’il s’agissait de son titre de prédilection, je ne me souviens pas lui avoir demandé pourquoi, ni quelle en était l’intrigue. 1984 est donc resté dans un coin de ma tête, en attendant d’être lu, un jour…

Après avoir croisé l’œuvre dans la bibliothèque de quelques ami(e)s, en disant à ces derniers/dernières que je devais le lire un jour – toujours sans savoir de quoi il s’agissait –, j’ai fini par acheter le livre, en même temps que d’autres romans dystopiques que je partagerai plus tard, dans un magasin culturel, assez par hasard, dans le sens où je n’étais pas venu pour l’acheter.

Quelques semaines – à moins que ce ne soit des mois ? – plus tard, et toujours sans connaitre l’intrigue, ni même le synopsis ou le genre, je commençai à lire l’œuvre qui allait initier, voire être l’étendard de ma passion dévorante pour la dystopie. Je ne dis pas qu’il s’agit de mon livre préféré – pourquoi toujours tout classer ? –, mais il est pour moi un chef-d’œuvre de la dystopie anticipative, et de la littérature en général. Même en n’étant pas intéressé(e) par le genre en particulier, 1984 est ce qu’on peut appeler un classique. En tout cas, de mon blog, il est l’un des plus gros (et nombreux) piliers.


Attention, la suite de l’article contient des éléments pouvant spoiler.


Synopsis

« Big Brother is watching you » (« Big Brother vous surveille ») : voici le seul élément que je connaissais de 1984 avant de me mettre à le lire. Je savais que cela avait à voir avec la surveillance des individus, probablement par caméras, et c’était tout. J’étais loin, très loin d’imaginer l’ampleur et le niveau de profondeur extrêmes, voire indépassables de cette surveillance – le mot étant, dans l’univers de George Orwell, aussi faible que réducteur.

1984, c’est le récit d’un monde presque « parfaitement » totalitaire, ne laissant quasi aucune liberté fondamentale (d’expression, mais aussi de pensée) aux individus qui le peuplent. On découvre cette dystopie à travers les yeux d’un homme appartenant à la classe moyenne supérieure, qui n’a ni le droit aux avantages d’une élite secrète et mystérieuses, ni aux « libertés » du prolétariat, considéré comme du bétail incapable de penser. Le protagoniste fait d’ailleurs partie d’un parti, unique, qui relève bien plus de la secte idéologique que du mouvement citoyen.

Jusque-là, on peut se dire que ce n’est pas si terrible que ça, et que l’espoir peut subsister dans un tel monde. Le problème, c’est le gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir, et ce depuis des années, pour que les gens pensent comme il souhaiterait qu’ils pensent. Au fil de l’intrigue, on se rend compte que les méthodes utilisées relèvent d’un génie inouï, mais d’un génie mis au profit d’abominations sociétales, d’une effroyable déshumanisation des individus.

Inspirations

De la petite dizaine de romans dystopiques que j’ai lus, j’ai trouvé – et lu également – que 1984 était légèrement inspiré du Meilleur des Mondes (article à venir) mais aussi et surtout d’un roman dystopique un peu moins connu du grand public, et à tort, Nous autres. Pour les ressemblances avec ce dernier, je citerais, pêle-mêle, l’uniformisation des individus, le contrôle de la pensée – par des méthodes différentes, certes –, l’histoire d’amour interdite et moteur du drame, l’impuissance finale du protagoniste, et par extension du/de la lecteur/lectrice…

Si, aujourd’hui, on connait bien les faiblesses de l’esprit humain et les techniques pour mieux le manipuler, on ne peut pas dire que ce fut autant le cas pour George Orwell, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dont l’un des vainqueurs – l’URSS, pour le citer – a d’ailleurs fortement inspiré l’auteur britannique. Malgré ce décalage temporel, les méthodes imaginées – en partie seulement, l’inspiration étant toujours réelle – par l’écrivain pour tromper et manipuler l’immense majorité de la population par une élite aussi secrète que peu nombreuse relèvent, encore une fois, du génie (diabolique), les méthodes étant, dans la projection que se faisait l’auteur du futur – où Internet n’existait pas –, aussi efficaces que machiavéliques et irrenversables.

Résonances dans le monde réel

Si 1984 peut être considéré comme une dénonciation du totalitarisme russe, les problématiques introduites par le roman se sont retrouvées, et se retrouvent encore aujourd’hui dans le monde entier, en Occident comme dans les pays défavorisés, avec des ressemblances de fond frappantes. Par exemple, le fait de changer totalement le sens d’un mot par rapport à sa signification initiale, qui est l’une des techniques de manipulation popularisées par George Orwell, est un élément omniprésent de la société actuelle, en particulier de la part des médias dominants, principaux – hélas ! – vecteurs de l’information. Prenons la démocratie – qui sera par ailleurs le sujet de plusieurs programmes partagés dans ce blog – par exemple : si l’on compare la démocratie française contemporaine à la démocratie athénienne antique – laquelle avait évidemment ses défauts (interdiction d’accès à la vie politique pour les femmes, esclaves, etc., facilité d’accès pour les personnes plus aisées…) –, on peut vite se rendre compte que la prétendue démocratie – indirecte, représentative, appelle ça comme tu le souhaites – française relève plus de l’oligarchie (pouvoir politique dans les mains d’une infime portion de la population) que de la véritable démocratie, c’est-à-dire littéralement d’une société régie par le peuple (et pour le peuple) dans son ensemble.

Hormis la manipulation du langage même, qui est l’un des aspects les plus terribles de la dystopie orwellienne, de nombreux autres aspects de 1984 hantent notre civilisation, même si nous ne sommes pas tou(te)s touché(e)s de la même façon et avec la même intensité : surveillance accrue, secrète et généralisée des communications privées, limitation voire suppression de libertés fondamentales (expression, manifestation, etc.) au nom de la « sécurité publique » – ce qui sert plutôt à maintenir l’ordre social, c’est-à-dire l’organisation de la société, et donc le pouvoir là où il l’est, c’est-à-dire le plus loin possible du peuple –, utilisation massive de la peur pour subordonner le peuple à ses dirigeant(e)s…

Pour résumer, j’ai l’affreuse impression que l’outil de dénonciation et de prévention idéologique qu’est 1984 s’est transformé en un guide du parfait manipulateur politique… En restant dans mes impressions – ça vaut ce que ça vaut –, je trouve même qu’il n’y a pas une semaine, voire une journée – et c’est d’autant plus vrai pour une personne qui lit énormément les journaux ou regarde les journaux télévisés – sans qu’on ne puisse voir une ressemblance entre un fait de notre société et un élément du roman de George Orwell.

Conclusion

Si tu n’as pas lu le livre et été jusque ici, sache que je m’excuse pour les innombrables éléments de l’intrigue que j’ai livrés. En même temps, tu as été prévenu(e) ! J’espère au moins que je t’ai convaincu(e) de lire cette œuvre ; s’il y a bien un livre pour savoir si le genre dystopique peut t’intéresser, c’est celui-ci – il y en a aussi quelques autres, mais 1984 est peut-être à la fois le plus accessible, le plus parlant et le plus globalisant quant aux thèmes sociétaux évoqués.

Si tu as lu le livre puis terminé cet article ensuite, ce qui est la meilleure chose à faire pour apprécier l’œuvre de George Orwell à sa juste valeur – c’est-à-dire en la découvrant presque entièrement (en connaissant très peu d’éléments de l’intrigue) et en te forgeant ta propre opinion, avant de consulter celle des autres –, j’espère que 1984 a bousculé ta conscience comme il a bousculé la mienne, qu’il t’a fait penser à toutes ces choses du présent qui semblent, dans le fond, parfois directement tirées du livre, qu’il t’a donné envie de lire d’autres romans dystopiques et d’en apprendre toujours plus sur les mécanismes déshumanisants, sur les moyens de s’en prévenir, et sur des solutions tournées vers et pour l’humain (et son environnement) et non contre, ces deux derniers éléments n’apparaissant pas dans le récit hautement pessimiste de l’auteur britannique.

Pour finir, je dirais qu’après 1984, on ne regarde plus le monde de la même façon, on n’écoute plus les gens – du gouvernement aux médias dominants, en passant par les patron(ne)s, managers et autres décisionnaires, mais aussi le peuple lui-même, qui est parfois le plus grand pantin/moteur de la propagande idéologique – s’exprimer de la même manière, on a tendance à davantage remettre en question – en essayant d’éviter la paranoïa, thème évoqué dans le livre, et tout autre comportement irraisonné – les informations perçues… Bref, sa lecture procure une bonne dose d’esprit critique et éveille les consciences !

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8 réflexions sur “1984

    1. La quatrième de couverture, je n’en ai pas parlé, mais « ça va » : dans mon édition, c’est un passage du livre – un peu spoilant certes, mais qui donne envie de lire forcément –, suivi d’une phrase qui indique que c’est un monde totalitaire. Toujours dans mon édition, et ça je l’ai dit, c’est surtout la préface qui est très spoilante !

      Mais non, pourquoi t’as lu tout l’article avant d’avoir lu ?! :’O (smiley choqué et triste à la fois)
      Ah cool, tu m’en diras des nouvelles ! Enfin j’espère.

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        1. Arf, dur de donner envie sans spoiler… Personnellement, je préfère avoir une confiance aveugle envers mes conseillers et conseillères – une fois qu’ils ou elles m’ont conseillé un, deux, trois programmes ou œuvres qui m’intéressaient, j’estime qu’ils ou elles sont dignes de confiance – plutôt que de découvrir le moindre élément d’intrigue ! 😀

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            1. Et tous ces documentaires et chaines YouTube que je t’ai envoyés alors ! :’)

              Non mais tant pis, le principal c’est que, d’une manière ou d’une autre, j’ai réussi à te donner envie. Tu n’auras pas le plaisir de la découverte totale quoi ! 😉

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              1. 1- ce ne sont pas des livres et je suis super difficile pour trouver des bouquins qui me plaisent.
                2- je n’ai jamais pris le temps de regarder les chaînes car un jour j’ai regardé une des vidéos et j’ai vite décroché, j’avoue !

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