Planète Dystopie ?

Comme introduit sur la page d’accueil, le blog Planète Dystopie est né d’une volonté de mettre en parallèle les œuvres de fiction dites dystopiques et notre monde bien réel.

Tu as dit dystopie ?

Tout d’abord, qu’est-ce qu’une dystopie ? Aussi appelé contre-utopie, ce type de récit décrit généralement une société fictive (à une époque future, dans une autre galaxie ou une autre dimension, etc.) qui se veut parfaite ou idéale, mais dont on se rend compte que le mode de fonctionnement et les mœurs qui en découlent empêchent les individus d’atteindre le bonheur, ou leur offrent une illusion de bonheur. Par ailleurs, tout comme l’utopie peut désigner le récit d’un monde parfait ou le monde parfait lui-même, la dystopie peut-être la société faussement idéale tout comme le récit.

Bien évidemment, toutes ces dystopies, qui apparaissent dans la littérature, le cinéma, le jeu vidéo et bien d’autres formes culturelles, sont toujours inspirées de l’époque à laquelle elles ont été imaginées. Malgré ça, elles sont souvent classées assez globalement comme des œuvres de science-fiction – de La Machine à explorer le temps à la trilogie Matrix, en passant par les indémodables Meilleur des Mondes et 1984 –, un genre très vaste et pourtant régulièrement réduit aux blockbusters stéréotypés, genre qui n’a généralement pas le même prestige que les œuvres plus réalistes et considérées comme d’actualité, et à tort : le caractère annonciateur, voire prophétique de la science-fiction dystopique – qui se distingue d’autres sous-genres de science-fiction plus « épiques », même si une œuvre peut très bien lier les deux – peut être aussi important, et surtout aussi, voire plus percutant qu’une analyse du passé ou du présent, mais aussi toucher plus de monde. En effet, les maitres de la dystopie sont capables, à partir de l’histoire de l’humanité, en particulier de nos erreurs, défauts et autres fausses bonnes idées, d’imaginer à quoi pourrait ressembler notre civilisation dans cent, mille, dix-mille ou cent-mille ans, sur Terre ou sur un autre astre, de donner vie à une société non humanoïde (animale, robotisée, dématérialisée…) inspirée par les vices de l’espèce humaine, etc.

L’art de l’impact et du décalage

L’histoire prouve que l’humanité ne réagit de façon radicale à un problème que si celui-ci a des conséquences vraiment désastreuses, immédiates, et qui le concernent assez directement. L’être humain, pourtant doté d’une conscience et d’une intelligence à priori bien plus évoluées que celles des autres espèces animales, n’a jamais été expert dans la gestion de son destin à long terme, même si, en ce XXIe siècle bien amorcé, l’exception commence à confirmer la règle. Mais gardons les bonnes nouvelles pour plus tard.

En se projetant, en extrapolant, en exagérant au maximum et, de manière générale, en passant par la fiction, les écrivains, cinéastes, concepteurs/conceptrices et autres créateurs/créatrices de dystopies tentent d’amplifier le message à délivrer, l’alarme à déclencher, le futur à éviter en imaginant des mondes et des sociétés dont les règles sont des versions extrêmes des modes de fonctionnement, lois, façons de vivre, coutumes et autres codes de notre civilisation passée ou présente.

Passer par la fiction et l’exagération pour dénoncer ne date pas d’hier : déjà, à l’époque des Lumières, lorsque la bataille pour la liberté d’expression battait son plein en Europe, le conte philosophique, dont Voltaire fut l’un des plus illustres représentants, était utilisé pour faire une critique de la société en évitant la censure, qui n’interdisait que les œuvres attaquant assez explicitement les grands du monde de l’époque (noblesse, clergé…). Un siècle avant, Molière, avec ses pièces de théâtre, et La Fontaine, avec ses fables, utilisaient déjà ces procédés pour critiquer les mœurs de leur temps sans risquer l’interdiction, et plus si hostilités. Si l’on se met à parcourir le globe et que l’on continue à remonter le temps, on peut trouver bon nombre d’exemples d’écrits utilisant la fictionnalisation et l’exagération avec les mêmes fins.

De même, la décontextualisation est un autre procédé permettant de duper les censeur(e)s tout en proposant une critique acerbe : dans ce genre de récit, un(e) narrateur/narratrice venu(e) d’une autre culture (réelle ou fictive) apporte un regard (faussement) naïf et un œil extérieur sur une société prétendument idéale, supposément supérieure à la sienne. Les Lettres persanes de Montesquieu ou encore Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, qui furent d’ailleurs publiés anonymement pour le premier et sous le nom du narrateur pour le second, sont deux exemples de romans utilisant un tel procédé.

Si ces techniques permettaient avant tout de contourner la censure dans le passé, leur but est tout autre depuis les premières dystopies. En effet, pourquoi déformer, amplifier, fictionnaliser et décontextualiser la réalité en vue de la critiquer alors qu’il suffit d’écrire un essai blâmant et dénonçant directement les maux de notre civilisation ? En utilisant les procédés précités ainsi que la projection et l’extrapolation dans un futur plus ou moins lointain ou dans un autre monde, les auteurs de dystopies permettent à leurs lecteurs/lectrices de prendre du recul par rapport à la réalité, recul que l’individu moyen ne prend pas nécessairement dans la vie de tous les jours. En effet, le décalage entre les sociétés dystopiques fictives et la nôtre est tel qu’on ne peut s’empêcher de se mettre à analyser, critiquer, comparer et juger : cela pousse nécessairement à l’éveil et/ou à la réflexion idéologique, à la condition indispensable de considérer la création de l’auteur autrement que comme une œuvre de (science-)fiction, d’analyser le fond derrière la forme.

Pour résumer, le/la créateur/créatrice d’une dystopie prend certaines pratiques de notre monde – pratiques qu’au moins une partie de la population, à une époque donnée (passée ou présente), a jugé idéales, nécessaires, révolutionnaires, prometteuses, prolifiques, sans danger, etc. (barrer les mentions inutiles) – et les amplifie au maximum en les mettant en scène dans une société futuriste ou parallèle qui non seulement a accepté ces pratiques poussées à l’extrême – que l’immense majorité, voire la totalité de ladite société ne voit pas comme extrême –, mais qui les considère comme une norme établie, voire comme un idéal vers lequel toute autre société devrait tendre. Et c’est là que le/la lecteur/lectrice, spectateur/spectatrice ou joueur/joueuse, s’il/si elle se projette un minimum dans l’œuvre et y voit autre chose qu’un simple récit de fiction distrayant, constate l’enfer de la situation, enfer d’autant plus terrible que tout un peuple, certes fictif, mais pas si différent ou lointain du nôtre, l’a accepté, ne s’en rend pas compte, voire le considère comme un paradis.

De la fiction à la réalité

Tu sais maintenant ce qu’est une dystopie et comment ce genre de récit s’inspire de la réalité pour créer un monde considéré comme moralement extrémiste et insoutenable par le/la lecteur/lectrice, spectateur/spectatrice ou joueur/joueuse, mais tout à fait normal par l’individu lambda peuplant le monde en question. Passer de notre monde actuel à une telle société serait, pour chacun d’entre nous, êtres humains, une chose tout à fait impensable et effroyable ; il faudrait tout faire pour éviter d’en arriver là. Cela tombe à pic puisqu’il s’agit exactement de l’un des buts, si ce n’est le but principal des auteurs de dystopies.

Comme dit précédemment, seul un danger immédiat, direct et très important fait réagir l’espèce humaine : hormis très récemment dans l’histoire de l’humanité, le long terme n’a jamais vraiment été une préoccupation de premier ordre. Les dystopies sont précisément des projections du long terme, des possibilités de l’avenir de notre civilisation, certes abracadabrantes dans la forme, mais dont le fond, si on l’analyse et le compare avec notre réalité, est tout à fait solide et probable : il n’y a qu’à lire des romans dystopiques écrits au cours du siècle dernier et constater la justesse presque prophétique des « prédictions » pour s’en convaincre.

Après avoir lu, regardé ou joué aux œuvres dystopiques – de près ou de loin – d’une part, et visionné des programmes analysant notre société, mais aussi consulté les journaux, la télévision et autres médias de masse d’autre part, on ne sait plus parfois où se situe la frontière entre la réalité et la fiction. Mais pour cela, il faut bien analyser le fond et ne pas s’arrêter à la forme, que ce soit des œuvres de fiction, des programmes décryptant la réalité, ou des questions et problèmes de notre société en général.

Critiquer, et après ?

Le nom de ce blog et tout ce que tu as lu dans cet article le prouvent : critique, alarmisme, pessimisme, et j’en passe et des meilleurs, ont qualifié mon état d’esprit lorsque j’ai cherché un nom de domaine et démarré Planète Dystopie.

Blâmer, dénoncer, pointer du doigt est une chose, et une chose nécessaire, à tout moment, et pour tout. Le manque d’esprit critique est l’un des plus grands des nombreux fléaux de notre civilisation prétendument supérieure. Les écrivains, cinéastes, concepteurs/conceptrices, mais aussi les journalistes, sociologues, conférenciers/conférencières, vulgarisateurs/vulgarisatrices, à condition de savoir faire le tri parmi ces porte-paroles et leaders d’opinion – ce qui n’est pas chose aisée –, nous poussent cependant à nous questionner, nous remettre en question, et cela est de plus en plus vrai et possible avec la démocratisation d’Internet, où l’obscurantisme, la manipulation et la pensée unique sont bien moins présents qu’ailleurs – toute source d’information pouvant être vérifiée et recroisée avec une autre –, sans y avoir totalement disparu, le Web ayant son lot d’horreurs. Mais au même titre que l’expression est une liberté fondamentale, le doute et la remise en question devraient être des devoirs, voire des réflexes de toute pensée douée de conscience et d’intelligence !

Une fois la critique faite, démontrée et assimilée – une tâche déjà longue et ardue quand on sait que certaines institutions et valeurs sont considérées comme inattaquables, idéales, voire comme l’apogée de notre civilisation, et que les structures concernées mettent tous les moyens en œuvre pour que cela reste le cas –, il faut ensuite se lancer dans un travail tout aussi fastidieux : proposer de nouvelles alternatives afin d’améliorer notre société.

Le changement, c’est toujours

Comme l’ensemble du monde vivant le fait depuis des temps immémoriaux, il faut sans cesse évoluer, s’adapter à notre société et notre environnement qui changent en permanence, et de façon accélérée ces derniers temps. Pour cela, il ne faut jamais arrêter de critiquer, se remettre en question (individuellement et collectivement), proposer, corriger, améliorer, éventuellement revenir en arrière, etc. ; il faut aussi savoir abandonner certaines pistes, admettre ses erreurs – l’égo surdimensionné est un autre fléau de notre espèce – et faire ce que font tous les auteurs de dystopies, à savoir se projeter dans le long terme, notamment ne pas s’arrêter aux bénéfices immédiats d’une solution à priori idéale. J’ajouterais qu’il faudrait également faire preuve de bon sens, d’humanité et d’altruisme, au risque de passer pour un utopiste naïf, deux mots qui reviennent d’ailleurs souvent dans la bouche de ceux et celles qui considèrent que la configuration et le fonctionnement actuels du monde d’aujourd’hui ne sont pas à changer, qui affirment qu’inégalités et malheurs ont toujours frappé et frapperont toujours une partie de la population, que l’on ne peut rien y faire, qu’essayer de changer les choses ne peut que les aggraver, que… Il vaut mieux clore cette phrase ici pour ne pas doubler la longueur de ce premier article, déjà bien long.

En outre, quand je parle de changements, dans ce blog en général, je parle de changements qui seraient, pour moi, idéalement à la fois :

  • tout d’abord, et pour résumer cette liste, strictement ou globalement positifs : qui améliorent une/des condition(s) de vie (dans une civilisation ou un écosystème, lesquels devraient d’ailleurs ne faire qu’un) sans en détériorer d’autres ;
  • qui soient profitables pour tous, pas seulement pour une partie de la population, sauf dans un cas d’équilibrage, auquel cas la perte des rares favorisés – même en l’ayant « mérité » (par exemple, « réussir sa vie » ne devrait pas se faire aux dépens de celle des autres) – doit être jugée (humainement) négligeable par rapport au gain (humain toujours) apporté aux  défavorisés, innombrables en comparaison ;
  • équilibrants donc, car augmenter le niveau de vie global et l’humanisation ne peut passer que par une dépyramidation / horizontalisation de la société, notamment des structures et des classes, et non l’inverse comme c’est actuellement le cas avec la tendance à l’oligarchisation et à la ploutocratisation ;
  • foncièrement révolutionnaires et progressistes (humainement et socialement parlant), en ne reproduisant pas les erreurs du passé, notamment en analysant bien le fond et non la forme de chaque proposition ;
  • altruistes et désintéressés : non pour améliorer le statut social, la situation financière ou le niveau de vie d’un ou d’une poignée d’individus, mais pour le bien du plus grand nombre ;
  • imaginés, proposés, discutés, décidés par tou(te)s, non par des hautes instances ou une poignée de représentants déconnectés (volontairement ou non) de la réalité, au cœur de conflits d’intérêts, former pour faire carrière, etc. (barrer les mentions inutiles, s’il y en a) ;
  • mis en place par tout un chacun, pas seulement pas des associations démunies, des travailleurs/travailleuses surexploité(e)s, des militant(e)s incompris(es), tourné(e)s en dérision et/ou sévèrement réprimandé(e)s, etc.

Des changements remplissant toutes ces conditions (liste imprécise et non exhaustive) sont extrêmement rares de nos jours, pour un nombre presque infini de raisons, qui concernent autant chacun d’entre nous, êtres humains, dans notre individualité comme notre comportement en société, que ceux qui nous régissent et/ou nous influencent, que ce soit politiquement, économiquement, médiatiquement, culturellement, psychologiquement, juridiquement, religieusement… Mais, en ce XXIe siècle, de tels changements ne sont pas totalement inexistants.

Ainsi, je propose également des documentaires, conférences et autres vidéos qui vont au-delà de la critique, décrivant des solutions à court, moyen ou long terme. Ces différents programmes, encore trop rares, m’ont d’ailleurs redonné confiance en l’humanité, au moins partiellement. Néanmoins, les améliorations étant encore trop peu nombreuses et significatives face à l’ampleur du chantier civilisationnel nécessaire, le nom de ce blog et le surnom que je donne à cette bonne vieille Terre restent pour le moment Planète Dystopie. Mon plus grand souhait est de pouvoir changer ce nom et ce surnom avant la fin de ma vie ou, plus probablement, avant la disparition de l’espèce humaine, auquel cas quelqu’un le changera pour moi… ou pas !

Suite de la présentation de Planète Dystopie

Si tu es arrivé(e) jusque-là, tu seras sans doute intéressé(e) par la présentation de l’auteur du blog.

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2 réflexions sur “Planète Dystopie ?

  1. Ha tiens je peux laisser des commentaires ici aussi… Bon je suis toujours pas dans la bonne section (la bonne section serait plutôt commentaires généraux)
    Une petite rubrique en plus dans réalité intitulée œuvre serait pas mal dans laquelle tu pourrais mettre « comment je vois le monde » d’einstein parmi beaucoup d’autres. Après t’as pas mal d’auteurs qui, sans avoir fait de la pure dystopie ont tout de même apportée une réflexion sur notre rapport à la société, celui qui me passe par la tête quand je dis ça c’est Bertrand Russel et son essai sur le travail.
    D’ailleurs un monde dans lequel l’eau, la nourriture et la sécurité ne sont pas assuré rentrerai parfaitement dans ma définition de dystopie alors que pour un type qui vit au milieu du sahel c’est son quotidien…

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